Un peu d'histoire sur l'usine AVIATIK 

Située à Bourtzwiller (68 Mulhouse dans le Haut-Rhin en Alsace FRANCE)

 

Le premier aéroplane de la firme de Bourtzwiller en 1910. Le pilote est assis "en plein air sur l'avant de l'aile basse.

En ces temps: Le 13 janvier 1908 à Paris, Henry Farman boucle le premier kilomètre en circuit fermé à bord d'un aéroplane. Le 25 juillet 1909 Louis Blériot traverse la Manche. Le "plus lourd que l'air" acquiert ses premières lettres de noblesse...

Du vélodrome à l'aviation:

A Mulhouse, en Alsace annexée à l'Allemagne par la France depuis la guerre de 1870, une petite équipe de sportifs est enthousiasmée par les exploits des hommes volants.

Comme les frères Wright et Farman, ils sont tous champions cyclistes et ont été applaudis maintes fois au vélodrome de la Doller, l'un des plus modernes vélodromes d'Europe. Comme Blériot, ils sont  passionnés de mécanique.

Tout d'abord, Georges Chatel né à Mulhouse en 1874, a créé en 1901 une petite entreprise de réparation et vente de cycles, particulièrement Peugeot qu'il affectionnait.

Aidé par Jules Spengler né en 1873 à Mulhouse, l'atelier Chatel va s'occuper d'accessoires automobiles, de vente et après-vente. Il obtient les concessions des plus prestigieuses marques de voiture aujourd'hui disparues, ainsi que celles de Peugeot, Renault, Daimler-Benz et Opel. Très vite, l'emplacement du "Passage Central" devient trop petit et un terrain est acheté à Bourtzwiller en 1905, tout à côté du Vélodrome... Dès 1906, dans l'usine nouvellement construite, on assemble des voitures et on carrosse "à façon".

Henri Jeannin et le moteur "Argus":

Le troisième homme, Henri Jeannin, né à Dampierre-sur-Doubs en 1872 et émigré à Berlin ou il a fondé la société "Argus", produisait des moteurs pour auto et canots automobiles. Ami du célèbre H. DEUTSCH de la Meuthe, il livre son premier moteur allégé pour laviation qui équipe en 1907 le dirigeable "Ville de paris".

A Mulhouse, toutes les conditions sont réunies pour construire un aéroplane, la toile du textile et les spécialistes mécaniciens de Chatel: mais quel engin produire ?
A Frankfort, August Euler a acquis la licence Voisin. A Strasbourg, EEC Mathis mise ses espoirs sur les "Antoinette" de Santos Dumont. L'équipe de Mulhouse tourne ses regards vers le solide et glorieux "Farman", qui peut aisément recevoir le moteur Argus 55 CV de Henri Jeannin , 4 cylindres en ligne, refroidi par eau, à la place du Gnome rotatif français refroidi par air. Un modèle Argus 55 est exposé au Musée de l'air de Meudon.

AVIATIK

La société de construction aéronautique "AVIATIK GmbH" est fondée le vendredi 10  décembre 1909, dont les buts sont: l'achat et la vente d'avions et d'accessoires, la mise en place de concours et la production d'appareils sous licence.
Avec comme directeur: Jules Spengler et ses associés: Georges Chatel et Heni Jeannin.
AVIATIK signifiait tout simplement "Aviation" en allemand.
Le capital d'origine est de 30.000 marks, à peine le prix de 2 aéroplanes.

Ce nom Allemand AVIATIK avait succédé à celui de TAUBE. Plus tard en 1916, il fut remplacé par FOKKER pour désigner indistinctement toute espèce d'avion Allemand.

Emile Jeannin coureur et pilote d'essais:

Comme ces 3 hommes n'ont jamais piloté, c'est le frère d'Henri Jeannin, Emile qui est pressenti.
Emile Jeannin, né à Mulhouse en 1874, champion cycliste que tous les sportifs mulhousiens appelaient "Mimi", est aussi coureur sur automobile et canots à moteurs. Il va se lancer à la conquète du ciel comme celle des grands pionniers: du vélo à l'aéroplane...

Chez Farman à Mourmelon, un appareil est acheté, le moteur Argus est monté, et sans entraînement préalable au vol, Emile Jeannin prend seul les commandes du grand biplan "cage à poule". Il se peut que Farman et son école de pilotage n'ait pas voulu voulu l'instruire en raison du moteur Argus. Quelques essais de roulement et il s'envole hardiment en tenant l'air 10 minutes. Résultat fantastique pour un novice.

Crânement, il "va remettre ça", le même jour, comme les frères Wright et par 2 fois, 12 minutes de vol, puis 50 minutes ! Suite à la très bonne tenue du moteur de son frère, il envisage un vol de 2 heures le lendemain. Malheureusement, un incident de refroidissement l'empêche d'accomplir son exploit. Ne pouvant poursuivre sa formation à Mourmelon,  il quittera a France pour poursuivre sa formation à Berlin-Johannisthal ou il obtient son brevet de pilote le 27 avril 1910.

 


En réalité, ce mot AVIATIK ne doit être appliqué seulement qu'aux produits de l'Automobil-und-Aviatik Akten Gesellschaft ou en bon français: Société par actions d'automobile et d'aviation.

i/E veut dire: Im Elsass.

 

Les premiers assemblages ont lieu au printemps 1910 dans l'enceinte de l'usine d'automobiles Georges Chatel construite en 1906 à Bourtzwiller, à l'angle de la rue de Kingersheim et de la route de Colmar. Les appareils sont des biplans système Farman dotés d'un moteur fabriqué à Berlin. Après quelques heures de vol d'essai, le pilote mulhousien Emile Jeannin bat déjà un record national de durée. Au début du mois de juillet 1910 plusieurs dizaines de milliers de personnes se rendent à Habsheim où a lieu le premier meeting aérien d'Alsace. Jeannin et son Aviatik sont les grands vainqueurs de ces journées mémorables. En août, près d'Odessa, le Russe Utozkhin bat le record de Blériot en traversant la Mer Noire aux commandes de son Aviatik. L'année se termine par le premier record du monde remporté à Habsheim: Stefano Amerigo, pilote italien qui a rejoint l'équipe alsacienne, vole avec un passager durant trois heures et vingt minutes. La performance est d'autant plus remarquable si l'on sait que le pilote pesait à lui tout seul 106 kilogrammes.

La renommée de la firme de Bourtzwiller s'étend. En Belgique, l'on construit des Aviatiks sous le nom "Aviator" et ceux-ci vont même se rendre aux Indes pour y effectuer des démonstrations. En Pologne ils sont produits sous licence par "Awiata".

 

 

Durant l'année 1911 un élégant monoplan système Hanriot va venir s'ajouter à la gamme des biplans. L'oiseau, tout de blanc vêtu, remporte de nombreuses compétitions et est sans cesse amélioré, tant et si bien qu'à la fin de l'année, il est l'une des vedettes du salon de Paris. La presse française fait d'élogieux commentaires sur cet avion fabriqué en Alsace. Sur le terrain de Habsheim, l'école de pilotage Aviatik accueille de plus en plus d'élèves qui sont formés sur biplans ou monoplans.

Dès 1912 des hydravions voient le jour dans les ateliers de l'usine. Ils sont essayés sur le lac de Lucerne en Suisse puis sur le lac de Constance et au fil des mois qui vont suivre, ils vont devenir plus maniables sur l'eau et l'un d'eux va même se rendre au grand rassemblement d'hydravions de Monaco, mais toute cette lignée n'atteindra pas le succès escompté.

Le 31 décembre 1912 et au cours des deux premiers mois de 1913 le Badois Arthur Faller bat les records du monde de durée avec 2, 3, 4, 5, 6 et 7 passagers. Son biplan n'a que 100 chevaux! Pour mémoire, de nos jours, le classique «Rallye» de même puissance enlève parfois péniblement ses 3 occupants dans certaines conditions...

En septembre, le même pilote réussit une première mondiale. Il pose son Aviatik au sommet du Feldberg (Bade) à l'altitude de 1493 m. embarque du courrier non officiel et le ramène à Mulhouse. Ainsi le Feldberg est en quelque sorte devenu le premier "altiport" du monde.

Sous la direction technique de l'ingénieur suisse Wild un nouvel avion très moderne a commencé ses essais. Baptisé "Flèche" eu égard à ses ailes en flèche vers l'arrière. Il a un fuselage entièrement entoilé et un capot bien profilé. Son moteur est un Mercedes ou un Benz. C'est à son bord que le pilote Strasbourgeois Victor Stoeffler, rattaché à Aviatik, va effectuer de longs vols comme Mulhouse-Varsovie par exemple avant de battre le record du monde de distance en 24 heures avec 2160 kilomètres, le 14 octobre 1913 "Fabuleuse performance d'un Alsacien", "le vol de nuit est devenu réalité" titrent les journaux......

Le 7 février 1914 le Colmarien Charles Ingold, pilote d'essai à l'Aviatik, décolle de Habsheim et bat le record du monde de durée sans escale. Il tient l'air 16 heures et 20 minutes...

En quatre années l'Aviatik a atteint les sommets. A la suite de ces exploits, les Suisses, les Espagnols, les Turcs, les Russes et les Italiens sont intéressés par les avions qui sortent   des   ateliers   de Bourtzwiller. La société qui a débuté avec une cinquantaine d'ouvriers en compte plus de 300 en 1914 et sa production annuelle a passé de 12 à 170 avions.

Quelques jours avant les premiers   combats   d'août 1914, sur ordre inflexible des autorités militaires allemandes pour ne pas exposer cette usine aux attaques françaises, le front néant pas loin, tout le matériel de l'usine est emballé, les avions en cours de construction parés et le tout est chargé sur des wagons de chemin de fer à la gare du Nord. Les Allemands se sont vantés d'avoir fait ce transfert en une seule journée. Destination: Fribourg en Brisgau et plus tard Leipzig.

Georges Chatel et sa femme ont été tués dans leur villa durant les premiers jours de la mobilisation. C'est Victor Stoeffler qui fut nommé directeur d'usine.

 

 

Le record de Faller  en 1912
Attachez vos ceintures !

 

Photo d'un biplan semblable à ceux construits par AVIATIK à Mulhouse en 1910. Celui-ci est équipé d'un moteur actuel. Il a été construit 1965 pour les besoins du tournage du film "Ces merveilleux fous volants sur leurs drôles de machines" de Ken Annakin

Etonnant cliché de ce record du monde. Arthur Faller en 1912 va emmener dans les airs 5 puis 7 passagers,
serrés il est vrai.

Le splendide monoplan Aviatik d'une finition parfaite frôlait les 120km/h. Cette reproduction est une véritable pièce de musée, car l'original est une photo couleur signée Louis Lumière.

Faller sur Aviatik

Ainsi se termine l'histoire alsacienne de cette firme de construction aéronautique née à Bourtzwiller et qui a été l'une des meilleures du monde en son temps grâce à la persévérance de ses pionniers.